Le sang des autres est un bon roman de Simone de Beauvoir, un moins bon film de Claude Chabrol et aussi une partie du titre de la deuxième partie de L’Empreinte des Choses Brisées qui est très exactement le sang des autres est le nôtre.
Je crois en la vengeance, en la revanche particulièrement en amour et en littérature. Pourquoi ? Parce que je crois qu’une fois qu’on frappe, on invite les autres à frapper. Etant presque autant Baudelairienne qu'Eluardienne, je crois que la morsure en amour n’a pas juste l’effet d’infuser l’autre de sa douleur, de son spleen mais aussi de sa voracité. En amour, je n’ose pas écrire dans la vie, le premier coup est le plus dangereux parce qu’il peut créer, en commettant l’erreur de frapper des personnes qui attendent tout de l’amour, une explosion de vengeances brutales que seul justement un bain de sang (c’est une métaphore) arrêtera.
Les vampires devraient avoir peur des poètes et de ceux/surtout celles qui ont une croyance spirituelle en la force de la poésie. Dans le Dracula de Coppola, notre Comte monstrueux est aussi un héros romantique fou amoureux et qui pleure poétiquement une larme de sang lorsqu’il se rend compte que l’amour rose n’est pas possible. Dans son film incomplet, Coppola crée une réciprocité improbable que Bram Stocker n’a pas osé créer parce qu’il savait que c’est le Comte qui a mordu le premier et qui allait devoir découvrir que le sang des autres est le sien.


